Éditorial
Crise du financement: repenser nos politiques de transport
Par Normand Parisien
Directeur, Transport 2000 Québec
En transit 1:1, Automne 2003
La crise qui frappe actuellement les transports risque de se répercuter sur le bien-être des populations, actuelles ou futures. Elle commence déjà d’ailleurs à affecter les diverses communautés du Québec et du Canada de plusieurs manières: congestion croissante dans les grandes villes et les banlieues, mobilité en baisse pour les moins fortunés, isolement des régions éloignées. Bien entendu, il y a également les nuisances environnementales et l’épuisement des ressources non renouvelables. Mais où est le problème? Tout cela n’est pas que le résultat des catastrophes naturelles et d’un quelconque phénomène El Nino. Cette situation découle directement des politiques de transport de nos gouvernements.
Il y aurait pourtant moyen de se faciliter davantage la vie à tous. Mais un minimum de leadership (politique, institutionnel ou corporatif) est nécessaire au préalable. Au lieu de cela, on est prêt à souffrir un peu plus à chaque jour, en espérant parfois un répit (de courte durée!) de la congestion vécue au quotidien et de l’encombrement des transports en commun aux heures de pointe, qui s’étendent désormais bien au-delà de ce que l’on connaissait dans les années 1970. Les plus fortunés peuvent même s’acheter des véhicules lourds (paradoxalement appelés camions légers) pour mieux supporter l’état déplorable des chaussées. Le faible prix de l’essence est un bon indicateur pour noter à quel point les carburants alternatifs et l’électrification des véhicules se font attendre.
À l’échelle canadienne, un tel leadership semble impraticable. Les décisions cohérentes tardent à venir. Transport ferroviaire des voyageurs sous-développé, crise du transport aérien, détérioration du réseau routier national et du transport urbain: il y a urgence d’une politique nationale. Avec l’indécision qui entoure le projet d’investissement pour le développement du train rapide Québec-Windsor, nous avons la preuve de l’impasse des politiques au niveau fédéral. Dès l’annonce d’une décision d’investir 700 millions de dollars par le ministre David Collenette et le gouvernement Chrétien, un ténor du clan Martin (Stan Keyes) a déploré l’absence d’une aide significative pour le transport aérien.
Pendant ce temps, les municipalités crient famine. Étranglées par des besoins en hausse dans les transports et incapables de gérer seules l’aménagement de leur territoire, elles quémandent de l’argent non plus à leur gouvernement provincial mais aussi au gouvernement fédéral pour divers besoins: aqueducs, logement, voirie, etc. Les transports en commun sont certainement le parent pauvre de ces atermoiements. En désespoir de cause, le président de la STM menace dès l’année prochaine de fermer le métro et d’augmenter encore les tarifs pour boucler les budgets. Il ne faut donc plus seulement croire en l’efficacité des réseaux de transport collectif en matière de mobilité des personnes, de développement économique et de création d’emplois. Il faut en mesurer les indicateurs et les diffuser largement, avant qu’il ne soit trop tard.
À court terme, les autorités fédérales risquent de bouger pour la question des infrastructures et des transports urbains. D’ailleurs, les politiques américaines ont montré que les transports urbains reçoivent davantage d’attention que le budget d’Amtrak! Par contre, dans le contexte de la constitution canadienne actuelle, le gouvernement fédéral risque d’interférer dans des champs de compétence provinciale. Comment le gouvernement fédéral pourrait-il justifier des interventions dans le transport urbain, alors même qu’il néglige le transport ferroviaire des voyageurs, un champ qui relève de ses compétences constitutionnelles? Cette question est d’autant plus légitime si l’on considère que Washington continue de soutenir les compagnies aériennes et son réseau de transport national des voyageurs.
Vraiment, il est grand temps de réévaluer l’efficacité de nos politiques de transport à plus long terme. Ce n’est pas facile pour les autorités politiques dont l’échéancier électoral est généralement de quatre ans. Mais les gouvernements et l’administration publique ont la responsabilité de planifier sur un horizon beaucoup plus long. Nous avons un nouveau gouvernement élu à Québec qui parle de réingénierie et un autre gouvernement qui prendra les rênes du pouvoir à Ottawa d’ici peu. Un vaste exercice de concertation est donc devenu nécessaire entre les gouvernements et avec la société civile pour résoudre ces problèmes et trouver des solutions durables à cette crise des transports, qu’il faut espérer passagère. Autrement, le statu quo risque d’apparaître comme une forme d’aveuglement volontaire.
Abstract
The crisis that our transportation systems are facing is a direct result of federal and provincial transportation policies. Municipalities have begun begging for money not just from their provincial government but also from Ottawa. But how can the federal government justify intervening in urban transit while simultaneously neglecting passenger rail, an area in which it has constitutional jurisdiction? It is high time to reevaluate the long-term effectiveness of our transportation policies.