Éditorial

VIA Rail : Ne pas jeter le bébé avec l'eau de bain !

Par Normand Parisien
Directeur, Transport 2000 Québec

En transit 1:3, Printemps 2004

Avec le débat entourant les commandites fédérales qui reste encore très vif, deux des têtes dirigeantes de la société de transport interurbain des voyageurs ont été emportées dans la tourmente. Malheureusement, les départs forcés du président du conseil Jean Pelletier et du chef de la direction Marc Lefrançois ont décapité sérieusement l’entreprise publique, au point où on rapporte que le moral y est extrêmement bas par les temps qui courent. Or, il y a tout lieu de croire que VIA Rail fait les frais d’une politique dont elle n’est nullement responsable. Il faut tourner la page!

En effet, ce n’est pas la première fois que la société de la couronne doit affronter une crise majeure qui remet son avenir en question. À l’automne 1989, entre autres, le gouvernement Mulroney donnait le mandat à son ministre des Transports de sabrer son réseau d’à peu près la moitié des départs assurés par le transport. Le gouvernement conservateur s’attaquait alors à un symbole auparavant utilisé pour promouvoir l’unité canadienne. Pourtant, avec la nomination de Denis de Belleval en 1988, les passagers ont cru – à tort certes – en une renaissance du réseau de transport, qui connut en un an une hausse de quelque 10 % de son achalandage. Refusant les compressions budgétaires annoncées par le Gouvernement, monsieur de Belleval remit sa démission sur le champ.

Sous la pression des propriétaires d’autocars et des politiques d’austérité du ministre des Finances Michael Wilson, les subventions à VIA, qui recevait très peu de financement pour les immobilisations, ont fondu en cinq ans de plus de 600 millions de dollars à 350 millions. Le Québec a fait les frais de cette politique de réduction du déficit, parce que Montréal a toujours été la plaque tournante du réseau de VIA Rail. Comble d’ironie, l’auteur de ces lignes, qui accompagnait son président d’alors Guy Chartrand à la tête de Transport 2000 Québec à un déjeuner-causerie prononcé par le ministre des Transports Benoît Bouchard, entendit ce dernier déclarer : «Vous savez, il fallait faire notre part dans ces coupures pour mieux faire passer l’Accord du lac Meech au Canada anglais». On a vu ce qui est arrivé par la suite de cet accord. Toujours est-il que l’ingérence politique n’est pas nouvelle chez VIA.

Cinq ans plus tard, le gouvernement libéral décidait en 1995 de réduire encore le financement de la société VIA, comme il l’avait fait pour Radio-Canada par ailleurs dans le cadre d’un vaste plan de compressions budgétaires (encore!). Mais VIA Rail a tout de même réussi à maintenir les services existants, tout en améliorant ses services à la clientèle et en ajoutant parfois de nouvelles fréquences – tel un quatrième départ quotidien entre Montréal et Québec – malgré une réduction de moitié des subventions à l’exploitation, sur une base récurrente, de 350 à 170 millions de dollars par an. En revanche, un investissement en capital a été octroyé au montant de 400 millions de dollars sur cinq ans au printemps 2000. Mais les estimations font état de besoins qui s’élèvent au minimum à un niveau de deux à trois milliards sur 10 ans.

«Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage!» Ce vieil adage semble être celui qui motive le changement de régime actuel, à l’approche des élections. Pour des motifs plus ou moins clairs, on annule un investissement de 700 millions de dollars sous prétexte de procéder à un meilleur examen des finances publiques, alléguant qu’il s’agit d’un choix mal avisé du précédent gouvernement tombé en disgrâce.

On voudrait enterrer une société publique performante qu’on n’agirait pas autrement. Le magazine américain TRAINS de mai 2003 n’en revenait tout simplement pas qu’une agence gouvernementale puisse maintenir un tel dynamisme alors que le réseau national de nos voisins, Amtrak, fait piètre figure en termes de service public tout en recevant un financement public bien plus robuste. Que l’on cesse donc d’attiser cette concurrence malsaine entre les modes de transport! Y a-t-il un gouvernement qui pourra favoriser la coopération entre les modes dans ce pays où les transports sont tous en crise?

Veut-on démanteler ce service public dans la capitale fédérale? On sait déjà que les compagnies aériennes et les entreprises d’autocars veulent en finir avec VIA. Mais celle-ci doit rester, dans l’intérêt de Montréal et du Québec bien sûr, mais aussi dans l’intérêt de toute une population qui, dans l’est du Canada, doit pouvoir compter sur ce mode de transport efficace au plan énergétique et qui offre la liberté de ne pas conduire sur de longues distances en toute sécurité, entre autres motivations. Pour le bien commun, laissons-donc enfin respirer VIA et donnons-lui un second souffle!

Abstract

The sponsorship scandal has hit VIA Rail hard, decapitating the passenger rail corporation. This is not the first time that VIA has suffered a major crisis and threat to its continued operation. It follows hard on the heels of the Paul Martin government’s arbitrary cancellation of VIA’s $700 M capital investment grant promised by the previous cabinet. Yet VIA has an international reputation for offering high-quality service with sound financial management. In the public interest, VIA Rail should be given the means to prosper.