Éditorial

Et après le pétrole ? Le cas des transports

Par Normand Parisien
Directeur général, Transport 2000 Québec

En transit 2:1/2, Automne 2004 – Hiver 2005

Rassurons-nous, il n’y a pas de crise du pétrole. Pourtant, la panique a failli s’emparer des consommateurs l’été dernier avec la flambée des cours au niveau international. C’est que depuis le début de l’année 2003 son ascension fulgurante a fortement secoué cette torpeur collective à l’effet que le pétrole – une ressource rare – coule en abondance et qu’un approvisionnement constant de cette denrée semble pour plusieurs un droit acquis. Les plus téméraires voudraient même que l’on réduise le niveau des taxes sinon que l’on subventionne à nouveau le carburant à la pompe, comme c’était le cas au début des années quatre-vingt…

La réalité, c’est qu’on a besoin de pétrole pour produire et pour consommer. C’est encore plus vrai dans les transports si on se rappelle que ce secteur dépend de l’énergie fossile à hauteur de 99 % des modes publics et privés. Malgré l’électrification de certains éléments du réseau rapide de transport collectif montréalais (le métro et la ligne de train de banlieue Montréal–Deux-Montagnes), la quasi-totalité des moyens de déplacement actuels – automobiles, camions légers, autobus et camions-remorques – requièrent de l’essence pour fonctionner. Que ce soit pour le travail, les activités de loisir, d’éducation ou autres occupations, la dépendance endémique envers cette forme d’énergie revient exciter les esprits. Bref, si cette psychose a été absente pendant de nombreuses années, c’est que le prix du baril de brut tournait autour de 8 $ aussi récemment qu’en 1998. Or, depuis la fin de l’été passé, le prix a dépassé largement les 50 $ et a rapidement été répercuté à la pompe.

Pourtant, lors de la crise des otages à Téhéran en 1979, année du deuxième choc pétrolier, les prix étaient de 40 $ le baril environ. Ce qui veut dire que même en tenant compte de l’inflation depuis 25 ans, on peut tout de même admettre qu’en termes réels, ils restent encore inférieurs à ce qu’ils ont été cette année-là. De nombreux économistes ont donc employé beaucoup de temps et d’énergie (sans jeu de mots !) cet été pour rassurer consommateurs, investisseurs et gouvernements. Cette situation, si elle peut contribuer à ralentir quelque peu l’économie, n’est pas suffisante pour faire entrer le pays en récession. D’ailleurs, le Canada est un exportateur net d’énergie. Le problème est surtout au niveau de l’inertie des consommateurs et des gouvernements, qui résistent à l’idée de sortir de cette dépendance, en raison de comportements indolents.

Cette dépendance a un prix. Le problème de la combustion de pétrole n’est pas uniquement lié à la pollution ou au réchauffement planétaire, il est aussi lié à l’instabilité de son approvisionnement à long terme. Si un horizon de 40 ans dans la vie d’un homme et d’une femme semble complètement éloigné de notre univers quotidien, c’est une fraction infime de temps dans l’Histoire. Le choix des individus n’y peut certes pas grand-chose. Par contre, il est temps de nous donner les moyens collectifs d’intervenir afin de réduire cette dépendance au pétrole, tout en nous assurant de fournir des moyens de déplacement efficaces sur le plan énergétique. Nous n’avons pas besoin d’autant de pétrole pour nous déplacer efficacement. Nous verrons dans ce numéro un tableau qui nous donne un aperçu très intéressant de la consommation énergétique de divers moyens de transport.

Cela dit, c’est devenu une lapalissade de dire que le Québec ne produit pas de pétrole. Tout le pétrole consommé doit être importé, soit de Grande-Bretagne soit du Vénézuela jusqu’à récemment. Par conséquent, il est temps que nos politiques de transport reflètent cette réalité. Nos gouvernants doivent prendre ce facteur en considération. L’inaction serait irresponsable. Nous n’aborderons pas ici la question des carburants alternatifs ou des solutions de rechange, qui existent mais ne peuvent pas se développer sans une hausse permanente du niveau des prix du pétrole ou de subventions importantes. Il est toujours possible d’agir sur les comportements à l’aide d’instruments économiques. Or, les hausses de tarifs décrétées à l’automne dans les transports en commun urbains pour 2005 n’aident en rien à infléchir les comportements et réduire cette dépendance envers le pétrole.

On sait que les hausses de taxes sur l’essence sont aussi impopulaires que les hausses de tarifs du transport en commun, mais c’est certainement là un moindre mal. Dans ce contexte, Transport 2000 a proposé il y a deux ans d’implanter le péage dans les grands axes routiers rapides de la Région métropolitaine de Montréal afin d’en redistribuer les recettes sur l’entretien routier et l’amélioration des fréquences de services du transport public, et pourquoi pas le taxi ! Cette industrie est sous-exploitée et le recours à ce moyen de transport est certainement préférable à l’utilisation aussi répandue de la voiture personnelle, qui continue de progresser plus rapidement que l’augmentation de la population…

Abstract

The recent increases in gas prices are not cause for panic, nor do they foreshadow near-term economic hardship. Nevertheless, petroleum is an increasingly rare resource with instability in its supply, and our dependence on it (99% of public and private transportation combined) will cause severe problems in the next 40 years if nothing is done. Collectively, we have the ability to drastically reduce oil consumption without sacrificing mobility. Using road tolls to finance public transit and taxi service is a good start.