Dossier

Prolongement de l'axe du Vallon : un projet dépassé

Accès transports viables, Québec

En transit 2:1/2, Automne 2004 – Hiver 2005

Le projet de prolongement de l’autoroute Du Vallon dans le centre de l’agglomération de Québec fait partie des promesses politiques depuis plusieurs décennies. Récemment, suite à une consultation populaire, le BAPE a donné feu vert au projet. Pour Accès transports viables, le rapport du BAPE suscite une certaine incompréhension. Voici pourquoi.

Le projet de prolongement de l’autoroute du Vallon s’inscrit dans une vision archaïque de la gestion des déplacements urbains. À une situation de congestion, on répond par la construction de nouvelles voies rapides, au lieu de s’orienter vers une meilleure gestion du réseau routier et de favoriser les transports collectifs et alternatifs. Plusieurs études ont pourtant montré l’inefficacité de cette approche.

Les plans de transport et orientations gouvernementales pour la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) considèrent le transport en commun comme une priorité. Pourtant, alors que les ressources budgétaires sont limitées, la Ville et le ministère des Transports du Québec choisissent encore une fois d’en allouer la meilleure part au réseau routier… Le transport en commun reste de fait le mal-aimé de la planification régionale.

Le projet de boulevard et le développement résidentiel qui y est associé vont à l’encontre des principes du développement durable. Les caractéristiques de ce projet le rendent incompatible avec la pratique des transports alternatifs. Quant au transport en commun, le Réseau de Transport de la Capitale n’a pas d’emblée été associé au projet, et l’étude d’implantation d’un autobus à haute fréquence reste à faire.

En bref, ce projet coûteux – 47 millions de dollars – ne résoudra pas durablement le problème de la congestion routière, risque d’aggraver l’étalement urbain et ses nuisances dans la Communauté métropolitaine, et entre en concurrence avec les modes de transport viables, pour lesquels les différents ordres de gouvernement ont pourtant affirmé leur prédilection.

Rendu public le 2 septembre 2004, le rapport d’enquête et d’audience publique du BAPE a suscité, chez les groupes environnementaux, une certaine incompréhension. En fait, nous aurions été tout à fait satisfaits si la conclusion du rapport avait été fidèle à son contenu.

La commission du BAPE a évalué la congruence du projet avec les objectifs poursuivis par le promoteur. Elle estime que le projet « contribuerait à maintenir […] le degré actuel de congestion sur les artères locales », mais aurait « peu d’effet sur l’aggravation prévisible de la congestion sur le réseau autoroutier adjacent » (p. 54). Le projet ne répondrait donc que « partiellement à l’objectif […] visant à améliorer la fluidité du réseau routier » (p. 56).

La commission est aussi d’avis que le projet « pourrait augmenter le pouvoir d’attraction de zones périphériques devenues plus accessibles, ce qui pourrait favoriser l’étalement urbain » (p. 65), allant ainsi à l’encontre de l’objectif du promoteur de consolider la trame urbaine. D’une manière générale, la réponse du projet aux objectifs avancés par le promoteur est limitée.

Le BAPE a aussi examiné dans quelle mesure le projet s’inscrivait dans les orientations gouvernementales en matière d’aménagement pour la CMQ. À notre ravissement, il établit que les différents gouvernements « sont unanimes à reconnaître un problème de dépendance croissante à l’automobile » (p. 51), et souhaitent inverser la tendance en misant sur le transport collectif ! Malheureusement, « la réalisation du projet n’apporterait aucun avantage immédiat au transport collectif et […] favoriserait plutôt l’utilisation de l’automobile » (p. 69).

Puisque le BAPE confirme que ce projet ne répond pas aux objectifs du promoteur, et correspond à un type de développement urbain décrié par les pouvoirs publics, nous étions en droit d’attendre une conclusion et un avis défavorables au projet. Et pourtant…

Le 2 septembre, le Soleil titre « Prolongement de Du Vallon : Feu vert du BAPE ». Il faut dire que la formule alambiquée du communiqué du BAPE prête légèrement à confusion. On peut y lire que « le prolongement de l’axe du Vallon […] serait acceptable dans la mesure où il est accompagné de moyens concrets et efficaces pour réduire l’utilisation de l’automobile. » Comme le BAPE vient de passer 71 pages à nous montrer que justement, le projet ne réduit en rien l’utilisation de l’automobile, on se demande bien ce qui a pu le pousser à écrire une chose pareille.

Faut-il comprendre que, si on associait à ce projet de véritables mesures favorables aux modes de transports alternatifs et collectifs, il deviendrait acceptable ? Mais alors pourquoi une telle formulation, qui laisse entendre que ces mesures sont déjà comprises dans le projet ?

Par ailleurs, il nous semble que si, comme le recommande le BAPE dans son rapport, les pouvoirs publics mettaient en œuvre des mesures de promotion des transports collectifs et alternatifs, l’intérêt du prolongement de l’axe du Vallon en serait encore amoindri. Le BAPE présente du reste « l’amélioration du service de transport en commun ou la mise en place d’incitatifs pour le covoiturage » (p. 29) comme une alternative à l’option du lien routier.

La mise en place des mesures préconisées par le BAPE rendrait le projet de prolongement de l’axe du Vallon inutile, et non pas acceptable !

Et après ? Ce qui est positif dans ce rapport, c’est que le BAPE s’accorde en tous points à nos représentations, en ce qui a trait à l’inefficacité du projet pour réduire durablement la congestion routière et offrir une alternative au tout-automobile. La commission prend même fait et cause pour le transport en commun, pour lequel elle souligne la nécessité d’une « augmentation tangible du financement » afin d’en accroître la part modale.

Pourtant, la retenue de l’avis exprimé par le BAPE a laissé la voie libre au projet de prolongement. Encore une fois, et malgré le principe d’indépendance de cet organisme, on s’est contenté de vœux pieux, sans aucune incidence concrète. Qu’en est-il plusieurs mois après la publication du rapport ? La Ville de Québec a annoncé la réalisation prochaine d’une étude d’opportunité et de faisabilité pour l’aménagement d’une voie réservée sur le tronçon du Vallon déjà construit. Faut-il voir là le moyen concret et efficace de réduire l’utilisation de l’automobile ?

En revanche, côté lien routier, il y a du concret : suite à une entente conclue entre la Ville de Québec et le ministère des Transports du Québec, l’ouverture du nouveau boulevard se fera fin 2006. Cela correspond à une anticipation de 2 ans par rapport à la date initialement prévue. Pour construire au plus tôt le «boulevard urbain», le MTQ est donc parvenu à dégager 23 millions de dollars pour les prêter à la Ville. Malheureusement, aucun miracle financier analogue n’est venu renflouer les caisses du RTC, dont la vacuité est pourtant signalée avec insistance par le BAPE dans son rapport.

Voilà comment un rapport constructif, fort bien étayé par des arguments solides, a abouti à l’inverse de ce qui était préconisé par la commission du BAPE. Tout n’est pourtant pas perdu : les principes établis par le BAPE ne pourront rester lettre morte. Ce rapport constitue en effet un argument de poids, à présenter aux pouvoirs publics chaque fois que nous leur rappellerons le principe du « réflexe transport en commun ».

[Voir la carte (PDF – 1,7 Mo)]

Abstract

Another 1960s highway plan that won’t die: Quebec City’s Autoroute du Vallon. The BAPE recently released a report criticizing this obsolete project severely, yet allowing it to proceed nevertheless. The contradiction is stunning.